Histoire
Histoire de la Turquie
L'Histoire de la Turquie proprement dite, concerne le début de la République turque de Mustafa Kemal Atatürk en 1923 jusqu'à aujourd'hui. C'est pour cela que l'article ne parlera que de cette période, et non pas des évènements antérieurs.
Les Turcs, venus d'Asie centrale, sont arrivés en Asie mineure pendant le Moyen Âge, alors principalement habitée par des Arméniens et des Grecs. De 1299 au début du XXe siècle règne l'Empire ottoman, un état extrêmement puissant, multiethnique et multiconfessionnel. Mais les aléas de l'histoire feront que cet immense empire se disloquera aux lendemains de la Première Guerre mondiale pour donner naissance à la Turquie moderne, laïque.
Démembrement et résurgence (1918-1923)
À la fin de la première guerre mondiale, et après le génocide arménien, l'Empire ottoman, qui appartenait au camp des puissances centrales (Allemagne, Autriche-Hongrie, Bulgarie) est démantelé. La France et le Royaume-Uni se partagent les provinces du proche-orient (Syrie, Irak, Liban, Palestine, Jordanie, côtes de l'actuelle Arabie Saoudite, Yémen). La Thrace (sauf Istanbul) et les côtes égéennes sont attribuées à la Grèce, tandis qu'à l'est, une république arménienne est proclamée sous la conduite du parti Dachnak. Le reste de l'Empire (alors monarchie constitutionnelle) est lui-même divisé en « zones d'influence » italiennes, françaises et anglaises, et les Turcs craignent de se voir bientôt réduits à l'état de colonie.
Le mouvement nationaliste, mené par Mustafa Kemal, avait dès juin 1919, défini dans la déclaration d'Amasya les raisons pour lesquelles le gouvernement impérial ottoman, considéré comme illégitime, devait être remplacé pour que les interêts nationaux des Turcs soient défendus. Il obtint un soutien important de la population et de l'armée. Lors du congrès de Sivas, un gouvernement provisoire fut élu. Définies par le traité de paix de Sèvres, signé le 10 août 1920 par le gouvernement impérial, les frontières de l'Empire Ottoman sont dénoncées par le nouveau gouvernement provisoire du mouvement nationaliste.
Le gouvernement provisoire conduit par Mustafa Kemal tenta de récupérer une partie des territoire cédés par le traité de Sèvres.
À l'est, il signa un autre traité avec le gouvernement bolchevik russe : le Traité de Kars (1921). Par ce traité, la Russie soviétique rend à la Turquie un territoire pris à l'Empire ottoman en 1878, peuplé de tribus arméniennes et kurdes, et les deux partis turc national et russe bolchévique s'entraident pour mettre fin aux velléités d'indépendance des peuples du Caucase, et pour chasser les Anglais des pétroles de Bakou.
À l'ouest, le mouvement nationaliste engagea la guerre gréco-turque pour récuperer les côtes ouest de l'Anatolie. Au sud, en Cilicie (Tarsus) il empêcha la constitution d'une région autonome arménienne sous protectorat français, prévue par le traité de Sèvres.
Conformément aux demandes des alliés, les membres du gouvernement impérial ottoman impliqués dans la déportation des arméniens d'Anatolie vers le Liban et dans le génocide arménien avaient été traduits en justice et condamnés, mais le gouvernement provisoire n'accepte pas d'être tenu pour responsable d'un crime commis sous le régime précédent. C'est le début d'une controverse historique et politique qui dure encore aujourd'hui.
Le 24 juillet 1923, le traité de Lausanne, signé entre le gouvernement provisoire de Mustafa Kemal et le Royaume Uni, la France, l'Italie, le Japon, la Grèce, et la Yougoslavie, redéfinit les frontières de la Turquie et annule le traité de Sèvres. Ce traité renonce à créer le Kurdistan, qui était prévu par le traité de Sèvres. De plus, les restictions imposées par le traité de Sèvres, tel que le contrôle par les alliés de l'armée, sont levées. Bien que Mustafa Kemal ait proclamé la laïcité du futur état turc, le traité de Lausanne prévoit une "purification ethnique" pour "éviter de futurs conflits": environ trois millions de personnes, les habitants de Turquie de religion chrétienne orthodoxe doivent rejoindre la Grèce, tandis qu'un demi-million d'habitants de la Grèce de religion musulmane doivent rejoindre la Turquie sans considération ethnique (la plupart étaient des Pomaks de langue bulgare). Sur les trois millions de "Roumis" (nom turc des orthodoxes), la moitié rejoignit en fait non la Grèce, incapable d'en accueillir tant, mais les États-Unis.
Finalement, le sultanat est aboli le 1er novembre 1922.
Enfin, clef de voûte du processus initié par Mustafa Kemal, 29 octobre 1923, la République de Turquie est proclamée: il est aussitôt élu président.
La révolution kémaliste (1923-1938)
Mustafa Kemal avait appartenu au mouvement des Jeunes-Turcs. Il était partisan d'un nationalisme restrictif (modèle de la Petite Turquie) et anticlérical. Son modèle de référence restait ancré dans la France des Lumières[1]. Il avait l'ambition de modeler une civilisation turque moderne, souhaitant pour cela la « Révolution à toute vapeur ». Ses méthodes restaient fondées sur le volontarisme et un populisme : « malgré le peuple, pour le peuple » ; une société unie/unique, sans lutte des classes, mais turque avant tout (Jacobin, il se méfiait des différences régionales depuis le Traité de Sèvres).
L'armée reste un pilier de la nation ; l'école laïque, gratuite et obligatoire, le modèle d'école républicaine de Jules Ferry est instaurée, une forte action culturelle est entreprise avec les « maisons du peuple » (la Turquie restera un « État papa » jusque dans les années 1980). Une nouvelle capitale, Ankara, est choisie, au détriment d'Istanbul, la capitale historique deux fois impériale (Empire romain d'Orient et ottoman. La langue est remaniée, une politique nationale est alors appliquée par Mustafa Kemal, qui remplace par exemple l'alphabet ottoman d'origine arabe par l'alphabet latin en 1928. L'histoire turque est réecrite afin de donner des racines à cette nation, à l'instar des États occidentaux au XIXe siècle. Le problème est pour eux de localiser la mère patrie, puisque l'on trouve des turcs de la Grèce à l'Afghanistan. Ils y sont aidés par de nombreux conseillers étrangers.
En politique étrangère, Atatürk tient fermement au principe de neutralité. À part un contentieux difficilement réglé avec la Grèce en 1933, et l'affaire du Sandjak d'Alexandrette, donné en 1938 à la Turquie par le Mandat français en Syrie, la Turquie se garde d'intervenir dans les conflits régionaux.
Dès la Révolution de 1908, les femmes émergent sur la scène politique. En 1919, suite à de grandes manifestations, des mesures sont prises visant à faire évoluer le statut de la femme : égalité avec les hommes reconnue dans le code civil, mariage civil obligatoire, interdiction de la polygamie, de la répudiation, du port du voile à l'école, scolarisation des filles, embauche de femmes dans l'administration... En 1930, elles votent et sont éligibles aux élections locales et en 1934 aux élections nationales[2] (1945 en France et 1971 en Suisse).
La Turquie kémaliste se veut résolument laïque. Le califat est abandonné le 3 mars 1924. C'est alors largement perçu comme un sacrilège par le monde-arabo musulman[3]. En 1928, l'islam cesse d'être la religion d'État, puis, en 1937, la laïcité est inscrite dans la Constitution[4]. Le Calendrier grégorien est adopté, et le dimanche devient le jour de repos hebdomadaire. Poursuivant la laïcisation du droit entamée dès 1839 par les Tanzimat (réformes) de l'empire ottoman, le régime kémaliste adopte, en 1926, un code civil inspiré du code suisse, un code pénal inspiré du code italien, et un code commercial inspiré du code allemand. Mais c'est plus qu'une laïcité, car elle est dynamique et autoritaire. L'anticléricalisme est prononcé, mais le spiritualisme musulman n'est pas pour autant abandonné. La laïcité turque et kémaliste se distingue de la laïcité française et jacobine par le contrôle exercé par l'État sur les religions, et surtout la tendance majoritaire de l'islam, via la direction des Affaires religieuses, créée en 1924[5]. Ce mouvement laïc sera surtout efficace dans les grandes villes de l'ouest du pays.
En 1925, 1930 et 1937, des révoltes kurdes sont séverement réprimées. Le 8 juillet 1937, la Turquie, l’Irak, l’Iran et l’Afghanistan signent le traité de Sa'dabad qui prévoit entre autres une coordination de la lutte contre la « subversion » kurde.
Les minorités
Le souhait du gouvernement kémaliste était d'avoir une Turquie homogène ethniquement et religieusement. Car il voyait l'addition de différentes nationalités en Turquie comme une faiblesse, dont se serviraient les Britanniques pour diviser et détruire la Turquie. Dans les régions et les grandes villes côtières, les Turcs étaient en minorité, que ce soit à Istanbul, en Thrace ou dans les provinces orientales. La Turquie possédait de nombreuses minorités héritées de l'Empire romain d'Orient dit byzantin : des Arméniens, des Juifs, des Albanais, ainsi que des Grecs ottomans dits en turc roumis (à la différence des Grecs de Grèce dits yunan). Bien que d'origine indo-européenne, les Kurdes ne sont pas considérés comme une minorité mais comme des Turcs des montagnes. Les Kurdes parlent une langue de type perse et sont musulmans sunnites comme la plupart des Turcs, à la différence des Iraniens.
Mais les Kurdes acceptaient mal d'obéir au gouvernement d'Ankara qui décida de mettre fin à leur mode de vie patriarcal, féodal et religieux. Ils se trouvaient dans un état de tension voire d'insurrection incessante de 1921 à 1926. Le Royaume-Uni encourageait de son côté les rebelles Kurdes à la révolte pour mettre en difficulté le gouvernement kémaliste. Elle fournissait aux insurgés des armes et des subsides.
Une grande révolte kurde menée par le Cheikh Saïd éclate en 1924. Il lança les tribus kurdes sur Elazığ, Maras et Bitlis et fit placarder sur les murs de Diyarbakır des affiches où l'on lisait : « A bas la République ! Vive le Sultan-Calife ! » Mais la révolte était également soutenue par des sociétés secrètes islamiques et des journalistes. Mustafa Kemal décide alors d'envoyer neuf divisions dans le Kurdistan et donna l'ordre à ses soldats de réprimer les insurgés. Puis il y envoya des tribunaux, dits Tribunaux d'indépendance. Des cours martiales exécutèrent ou emprisonnèrent tous les Kurdes reconnus coupables d'atteinte à la sûreté intérieure de l'État. Quarante-six meneurs furent pendus sur la grande place de Diyarbakir. Le but du gouvernement d'Ankara était de faire d'eux des exemples et de dissuader les Kurdes de la révolte.
Il décide par la même occasion de supprimer les derviches tourneurs, les sectes religieuses, les couvents et les confraternités qu'il accuse d'avoir soutenu la révolte kurde.
Le Traité de Lausanne inclut également un échange démographique: un million et demi de grecs de Turquie sont échangés contre 385.000 musulmans de Grèce (turcophones et bulgarophones), bien malgré la volonté de ces populations. Seuls les Grecs d'Istanbul (environ 100.000 personnes) et les musulmans de Salonique (environ 5.000 personnes). Mais depuis quatre-vingt ans, les tensions nationalistes ont poussé même ces exemptés à émigrer, et en 2006 il reste environ 50.000 musulmans en Grèce et 3000 orthodoxes grecs en Turquie.
Des minorités sont donc encore présentes en Turquie: Arméniens et Grecs d'Istanbul, Juifs, assyro-chaldéens et kurdes. Mis à part ces derniers, elles représentent cependant, un très faible pourcentage de la population.
Visées soviétiques, adhésion à l'OTAN et enjeux géostratégiques (1941-2003)
Restée sur la leçon de la Première Guerre mondiale, la Turquie choisi la neutralité lors du deuxième grand conflit du XXe siècle. Avec l'accord de la France, puissance mandataire de la Syrie, la Turquie a récupéré le 23 juin 1939 le sandjak d'Alexandrette, peuplé majoritairement de Turcs. Ce territoire de près de 4 700 km² est peuplé d'environ 200 000 habitants. Alexandrette prend alors le nom d'Iskenderun. La France voyait dans cette cession territoriale un moyen d'écarter la Turquie de son traditionnel allié allemand. La Turquie signe un traité de non agression avec l'Allemagne en 1941, mais lui déclarera la guerre en février 1945, condition posée pour participer à la conférence de San Francisco marquant la naissance de l'ONU.
La Convention de Montreux confie à la Turquie la responsabilité des détroits de la mer Noire (Bosphore et Dardanelles), convoités par Staline : les Russes ont toujours voulu un accès à la Méditerranée pour leur flotte de la mer Noire). Face à cet accord international, Staline revendique des territoires à l'ouest de la Turquie, en reprenant l'argumentation des Tzars: Constantinople était la capitale de la chrétienté orthodoxe, religion majoritaire en Russie. Les États-Unis soutiennent alors la Turquie, définitivement perdue pour le Bloc de l'est.
En effet, la Turquie signe des accords de coopération militaire et économique avec les États-Unis en 1947-1948, bénéficie du plan Marshall, entre au Conseil de l'Europe en 1950 et dans l'OTAN en 1952.
La Turquie est aussi le seul pays laïc à majorité musulmane qui a reconnu Israël et a même des accords militaires avec ce pays. Les juifs de Turquie n'ont jamais été inquiétés, et la Knesset, dans la crainte d'une éventuelle crise politique avec la Turquie, a plusieurs fois refusé le débat sur une journée de commémoration - donc une reconnaissance implicite - du génocide arménien dont la dernière fois le 14 mars 2007[6],[7].
La Turquie abrite toujours des bases américaines, et a maintenu avec les Etats-Unis une alliance étroite, au moins jusqu'au début de 2003 et de la guerre en Irak, lorsque la Turquie fut le seul pays candidat à l'UE qui se déclara contre une intervention anglo-américaine.
Le post-kemalisme : entre démocratie, armée et retour à l'islam (1945-2005)
En décembre 1945, la création de nouveau partis politiques est autorisée. Ce même mois, est fondé le Parti démocrate, mouvement conservateur modéré. En juillet 1946, ont lieu les premières élections pluralistes. Aux élections suivantes, le Parti démocrate accède au pouvoir, avec 53,6 % des voix, contre 40 % au Parti républicain du peuple. C'est la première alternance politique depuis 1923.
L'économie se libéralise, et bénéficie d'une forte aide américaine. Le laïcisme kémaliste est partiellement remis en cause, avec, notamment, la réapparition de manuels coraniques en arabe, le retour de l'éducation religieuse dans les écoles publiques, ou l'assouplissement des normes vestimentaires.
Le Parti démocrate est accusé de violer la Constitution pour rester au pouvoir. Une partie des militaires, déjà opposés à la remise en cause du kémalisme, trouvent inacceptables les méthodes employées par les dirigeants. Le 27 mai 1960, un coup d'État renverse le gouvernement au nom de l'armée, installe un gouvernement provisoire et porte à sa tête le général Gürsel. Le 17 septembre 1961, le Premier ministre Adnan Menderes est exécuté pour violation de la constitution, ainsi que deux autres de ses ministres, Fatin Rüstü Zorlu et Hasan Polatkan. Les militaires restent au pouvoir un an et font approuver une Constitution garantissant les libertés démocratiques (liberté d'expression, de réunion, d'association, droit de grève)[8]. İsmet İnönü redevient premier ministre de novembre 1961 à février 1965.
La situation politique se dégrade au cours des années 1970. Un nouveau coup d'État a lieu en 1971 ; les militaires, constatant que leur action n'a en rien amélioré la situation, retournent dans leurs casernes l'année suivante. La guerre froide s'intensifie, l'extrême gauche et l'extrême droite se radicalisent, des groupes terroristes se forment, notamment le Devrimci Sol, en 1978. Les kurdes subissent l'influence de formateurs trotskystes et maoïstes, et le Parti des travailleurs du Kurdistan met en place des groupes de guerilleros marxistes en Anatolie orientale. Enfin, La guerre civile au Liban commencée en 1975 provoque l'arrivée de nombreux réfugiés libanais en Turquie.
Cette situation provoque le 12 septembre 1980 un nouveau coup d'État militaire suivi d'une forte répression. Tous les partis sont dissous, les militaires prennent la tête des nouvelles organisations. À la différence des deux interventions précédentes de l'armée, ce coup d'État se traduit par un net recul de la démocratie. Les militaires se donnent un rôle important dans la Constitution, et mettent en place un Conseil national de sécurité pour préparer le retour des civils au pouvoir.
Celui-ci est mis en place par Turgut Özal, Premier ministre en 1984, président en 1989, qui tente de concilier la nature démocratique du régime, les principes fondateurs de la République et l'islam. Il tente également de donner une réponse culturelle à la question kurde. L'état de siège est levé dans treize provinces dès 1984. Un moratoire sur les exécutions est voté par le Parlement la même année, et reconduit l'abolition de la peine de mort (voir ci-dessous). La Turquie, qui avait perdu son droit de vote au Conseil de l'Europe suite au coup d'État militaire, le retrouve.
À partir de 1991, la Constitution est réformée pour satisfaire aux critères démocratiques exigés par la candidature à la CEE, puis à l'UE.
En 2000, le Parti des travailleurs du Kurdistan proclame un cessez-le-feu suite à l'arrestation de son chef, Abdullah Öcalan.
En janvier 2002, un nouveau code civil, remplaçant celui de 1926, est instauré. La peine de mort, supprimée pour les crimes de droit commun en 2001[9], est abolie en temps de paix[10], puis en toute occasion, lors d'une réécriture du code pénal[11].
En novembre 2002, le parti AKP remporte nettement les élections législatives. C'est un parti considéré comme « islamiste modéré », il revendique « une démocratie musulmane comme d'autres se disent de démocratie chrétienne ». Les militaires disparaissent petit à petit des institutions gouvernementales où leur place était prépondérante. Ainsi, le Conseil national de la sécurité (MGK, créé en 1961, transformé en véritable instance de contrôle par la Constitution de 1982) est-il devenu, à partir de 2003, essentiellement consultatif, cependant que son secrétaire, autrefois un militaire, est désormais un civil[12]. De même, les juges militaires sont retirés des Tribunaux de sécurité de l'État (DGM) en 1999, puis les DGM sont supprimés en 2004[13].
Le 1er janvier 2005, la Nouvelle livre turque est adoptée : une NLT vaut 1 million d'anciennes livres turques. Cette réforme monétaire est lancée, après des décennies d'inflation galopante et plusieurs dévaluations, grâce à un relatif assainissement du budget de l'État (qui s'exprimait en quadrillions). Elle permet aussi d'éviter nombres d'erreurs de comptes. De 2001 à 2005, l'inflation passe ainsi de à 8,2 %, ce qui permet aux taux d'intérêts de passer de 50,5 à 20,4 % pendant la même période. Cet assainissement permet un enrichissement du pays : le Produit national brut (PNB) fait plus que doubler entre 2001 et 2005, passant de 167,34 à 342 milliards de $ ; le PNB par habitant double presque, passant de 2 420 à 4 710 $. De 2002 à 2004, les investissements étrangers font plus que doubler : 2,73 milliards de $, contre 1,06 deux ans plus tôt[14].
L'Union européenne et la Turquie
La Turquie fait partie de toutes les institutions européennes depuis 1945 : Conseil de L'Europe, Organisation européenne de coopération économique, Organisation du traité de l'Atlantique nord, Banque de développement du Conseil de l'Europe.
Elle s'est soumise à la juridiction européenne suprême de La Haye.
Elle pose de façon attendue sa candidature pour devenir membre associé de la CEE en 1959, et soutenue par les Dirigeants Français et Allemands De Gaulle et Adenauer, elle obtient satisfaction en 1963. L’accord d’association Turquie-CEE est gelé à la suite du coup d’Etat militaire du général Kenan Evren de 1980. La Turquie est donc logiquement candidate à l'entrée dans l'Union européenne en 1987. Dix-sept ans après sa première demande, le Conseil Européen a approuvé en décembre 2004 l'ouverture de négociations avec la Turquie, qui ont débuté le 3 octobre 2005. L'avenir proche de la Turquie tout comme de l'Europe se joue dans cette adhésion devenue brutalement un sujet de polémique en France, en Autriche et en Allemagne, la question de l'identité de la Turquie, réputée asiatique et musulmane quoique membre fondateur d'organisations européennes et laïque , ayant été reprise par un certain nombre de partis politiques.
wikipédia
Géographie
La Turquie est située en Anatolie et en Europe du sud-est , bordée par la mer Noire entre la Bulgarie et la Géorgie, et bordée par la mer Égée et la mer Méditerranée entre la Grèce et la Syrie.
La partie européenne de la Turquie est située à l'ouest du Bosphore. Cette région est appelée Trakya en turc et correspond à la partie orientale de la Thrace historique. Elle correspond à 3% de la superficie totale de la Turquie mais 10 % de la population du pays y vit[réf. nécessaire].
L'Anatolie est la partie de la Turquie qui est géographiquement située en Asie. Cette région est aussi appelée Asie-mineure. Le terme Anatolie est aussi utilisé pour désigner le plateau semi-aride au centre du pays. Il est bordé par des collines et des montagnes qui limitent l'accès aux régions côtières fertiles.
Économie
Économie de la Turquie
La Turquie, est une économie ouverte[7] où le commerce extérieur représente plus de la moitié du PIB, l’Union européenne constituant le premier partenaire commercial.
Le pays a officiellement entamé ses négociations d’adhésion avec l’Union européenne en octobre 2005.
Selon le FMI, le PIB en PPA de la Turquie est aux alentours de 950 Mds USD actuellement.
Pourtant, les inégalités sociales et régionales, l’économie informelle, les insuffisances dans les infrastructures, l’éducation et la santé demeurent.
Secteur Primaire
La Turquie a l'une des plus grosses agricultures d'Europe Orientale.
Depuis 1950 la production agricole a beaucoup augmenté grâce entre autres à la mécanisation, à une meilleure variété de plantes et à l'utilisation de meilleurs engrais, mais la productivité reste faible. Les méthodes archaïques sont largement utilisées par les agriculteurs turcs et les exploitations sont beaucoup trop émiettées pour pouvoir atteindre un haut niveau de productivité. Les paysans représentent environ 35,9% de la population active, ils vivent dans les régions les plus pauvres de Turquie. D'importants investissements devraient avoir lieu si la Turquie rentre dans l'Union européenne.
Les principales productions agricoles de la Turquie s'élevaient en 2004 à 21 millions de tonnes de blé, 13,6 millions de tonnes de betterave à sucre et 131 000 tonnes de thé. Les autres cultures comprennent principalement les pois chiches, les lentilles, le maïs, les tomates, le melon, les agrumes, les olives et enfin les raisins. L'élevage regroupe 25 millions d'ovins, 7 millions de caprins et 10 millions de bovins.
La Turquie est le premier producteur et exportateur mondial de noisettes. Celles ci font vivre environ 2 millions de personnes. Elles sont cultivées sur les bords de la mer noire au Nord Est du pays. La récolte constitue entre 70% et 80% de production mondiale en 2005.
Secteur secondaire
L'industrie turque est développée (21eme mondial en termes de production industrielle en 2005) mais mal répartie à travers le territoire, 22,8% de la population active vit de l'industrie qui reste concentrée dans les grandes villes turques. L'industrie du textile est la plus active (soie, coton et laine) filature et tissage du coton dans des villes comme Cilicie ou l'Égée. La sidérurgie s'est beaucoup développée en Turquie alimentant des industries mécaniques variées comme les raffineries de pétrole, la chimie lourde et les fabrications d'engrais et de matières plastiques. Istanbul réunit le quart des emplois industriels du pays.
L’industrie de la construction et du bâtiment est un des grands secteurs d’activité en Turquie. Les sociétés de constructions turques ont une bonne implantation sur les marchés étrangers : Asie Centrale, Irak et Moyen Orient. Elles s’intéressent de manière croissante au marché maghrébin. En 2006, elles auraient, selon les chiffres du Ministère du Commerce Extérieur accumulé un carnet de commande de plus de 9 Mds USD.
L’automobile est un des piliers de l'économie turque. Le secteur automobile représente la deuxième activité exportatrice du pays. Il emploie environ 500 000 personnes et regroupe plus de 1 000 entreprises. La capacité de production est de 1 million d'unités dont 700 000 pour les voitures particulières. Le secteur est concentré dans la région de Marmara : Bursa (Renault et Fiat), Istanbul, Kocaeli ( Ford et Hyundai, Gebze (Honda), Adapazari (Toyota). C'est avec l'entrée du pays dans l'Union douanière avec l'UE en janvier 1996 que l'industrie automobile turque a connu une mutation rapide avant de devenir progressivement un centre de production à vocation mondiale.
Secteur Tertiaire
La Turquie a connu en 2000 la crise financière la plus forte de son histoire moderne. En 2001, sous l'égide du FMI, le gouvernement a lancé un vaste programme de réformes : autonomie de la banque centrale, recapitalisation des deux plus grandes banques publiques et de certaines banques privées, saisie ou fermeture de banques insolvables, restructuration des principaux établissements. En 2006, les actifs bancaires sont à 86,33% du PNB, dont 38,08% de prêts à l’économie qui représentent désormais le principal actif bancaire. La rentabilité des fonds propres atteint un niveau record à 19%.
La Turquie a accueilli 8,6 millions de touristes étrangers sur le premier semestre de 2005. Le tourisme a rapporté au pays 13,2 milliards d'euros en 2004. Ces chiffres sont en progression malgré les tremblements de terre (17 août 1999, Tremblement de terre d'Izmit, 20 000 morts) et les attentats (16 juillet 2005 à Kusadasi, 5 morts et 18 blessés) qui ont frappé le pays ces dernières années.
La Turquie est un pays très visité grâce à des sites naturels attractifs et à une histoire singulière dans le monde, comme le témoigne la ville d'Istanbul. Les grandes régions touristiques de Turquie sont principalement Istanbul, les côtes de la mer Égée et de la Méditerranée et la Cappadoce. Les touristes sont essentiellement composés d'européens (allemands, russe, bulgare, français, britannique, grec), américains et aussi de beaucoup de japonais et d'algériens.
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Population
Population de la Turquie
La République de Turquie comptait 70 586 256 habitants au 31 décembre 2007, soit environ 1 % de la population mondiale.
La population urbaine représente 70,5 % de la population.
La croissance démographique turque a quelque peu diminué ces dernières années mais est toujours assez élevée : le taux de natalité est de 2,53 enfants par femme (2,43 pour les femmes turques et 4,61 pour les femmes kurdes). En 2006, environ 1 700 000 naissances ont été enregistrées en Turquie (1 424 000 pour les femmes turques et 260 000 pour les femmes kurdes) avec une mortalité infantile de 43 ‰ (39 ‰ pour les enfants nés de parents turcs et 52 ‰ pour les enfants né de parents kurdes). La croissance démographique s'établit à 1,43 % par an[4].
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Culture
Culture de la Turquie
La culture de la Turquie est multiple. Soumise aux influences européennes et islamiques, elle possède également des racines proprement turques - sans parler des cultures minoritaires kurdes, arméniennes, lazes, etc. Cette triple identité se retrouve dans bien des domaines culturels, ainsi qu’en politique et même dans le vocabulaire du turc, la langue officielle.
La musique
La musique pop de Turquie a fait une croissance après l'ouverture de nouvelles chaînes de télévision dès le début des années 1990. Pour citer quelques artistes turcs, il y a Sezen Aksu (très aimée pour les chansons qu'elle compose et chante elle-même), Tarkan (avec un album qui l'a rendu très célèbre en Europe), Sertab Erener qui a gagné le grand prix de l'Eurovision en 2003, Mihrali Kahriman (avec l'album 'kara basma iz olur' qui l'a rendu très célèbre en Turquie) . Il existe plusieurs instruments typiquement turcs existent, telles que le "saz", le "ney" qui sont toujours pratiqués dans la vie moderne Turque. Le rap et le rock sont surtout appréciés par les jeunes.
Les différentes influences culturelles que subit la Turquie se retrouvent au cœur de sa musique, mêlant sonorités traditionnelles et occidentales.
Spécialités culinaires
Tout le monde connaît le rakı qui est le pastis de là-bas mais de couleur grise, et les loukoums, mais qu’est-ce que les kokoreç ? Voir l’article : Cuisine turque.
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Politique
Politique Intérieur de la Turquie
Abdullah Gül
L’AKP (parti de la justice et du développement) du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan a remporté les élections législatives anticipées du 22 juillet 2007 en obtenant 46,3% des voix (contre 34,3% en 2002) et 341 sièges sur 550 au Parlement, soit la majorité absolue des sièges.
Deux autres partis réussissent à recueillir plus de 10% des voix au niveau national pour entrer au Parlement :
- le CHP (parti républicain du peuple), parti d’opposition kémaliste de gauche, qui recueille 20,4% des voix (contre 19,4% en 2002) et 112 députés (-66) ;
- le MHP (parti de l’action nationaliste), parti ultra-nationaliste, qui obtient 14,2% des voix (contre 8,4% en 2002 où il n’avait pas franchi le seuil des 10% pour être représenté) et 70 députés.
Lors de ce scrutin, les députés kurdes ont également fait leur retour au Parlement : après treize ans d’absence, 20 députés kurdes du DTP (parti pour une société démocratique), principal parti d’opposition pro-kurde, ont été élus.
Le 28 août 2007, M. Gül, ministre des Affaires étrangères et candidat de l’AKP, a été élu par le Parlement à la présidence de la République.
Le premier semestre de l’année 2008 a été marqué par la procédure en interdiction de l’AKP engagée devant la Cour constitutionnelle turque, pour atteinte au principe de laïcité. La Cour constitutionnelle turque a rejeté, le 30 juillet, la demande de dissolution de l’AKP, mais lui a imposé des pénalités financières.
Le gouvernement de M. Erdogan s’est engagé à poursuivre les réformes politiques et économiques entamées lors de son premier mandat (2002-2007), qui s’étaient notamment traduites, après la crise de 2001, par un net redressement économique marqué par une croissance vigoureuse (7% en 2006) et une meilleure maîtrise de l’inflation.
Lors de ce premier mandat, le gouvernement turc avait réalisé d’importants progrès en matière de respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales (révisions de la Constitution, adoption de près de 300 lois). Parmi les principales avancées, on peut noter l’abolition de la peine de mort, la suppression des tribunaux de sûreté nationale, des réformes importantes en matière de liberté d’association et de presse, l’adoption d’un nouveau code pénal. Les relations entre l’armée et la sphère civile tendent à s’aligner sur les normes européennes. Enfin, des avancées ont été réalisées en faveur des droits culturels (autorisation d’enseigner la langue kurde, ouverture des media aux langues minoritaires).
La question de Chypre reste très sensible pour l’armée et l’opinion publique. Seul pays à reconnaître la « République turque de Chypre-Nord », la Turquie soutient les efforts en vue d’un règlement global de la question chypriote
La situation des minorités et en particulier des Kurdes, demeure un sujet délicat. La situation sécuritaire dans le Sud-Est du pays est préoccupante. La visite du Premier Ministre à Diyarbakir, en août 2005, a manifesté la nécessité de renforcer la démocratie et le développement économique dans la région. A cet effet, le gouvernement turc vient d’annoncer la relance d’un plan pour le développement économique et culturel de cette région ( création d’une chaîne de télévision qui doit notamment émettre en langue kurde).
Enfin, à moyen terme, se pose la question arménienne, tant en termes de travail de mémoire que pour parvenir à une relation normalisée avec ce pays voisin, avec lequel la frontière est fermée. A l’invitation du président arménien Serge Sarkissian le président Abdullah Gül s’est rendu à Erevan le 6 septembre dernier à l’occasion du match opposant les deux sélections nationales dans le cadre des éliminatoires de la coupe du monde de football. Ce déplacement historique a été salué comme un geste fort et encourageant pour les relations entre l’Arménie et la Turquie.
Politique Extérieur de la Turquie
1. La relation avec l’UE
La relation avec l’UE est une priorité de la politique étrangère turque (cf. chronologie).
A ) La Turquie est liée à l’UE depuis 1964 par un accord d’association et, depuis 1996, par une Union douanière.
B ) En 1987, la Turquie a déposé sa candidature pour l’adhésion à l’Union européenne,des négociations ont donc été ouvertes avec l’UE le 3 octobre 2005. Les négociations sur le chapitre « science et recherche » ont été ouvertes et provisoirement closes le 12 juin 2006 ; les négociations sont actuellement en cours sur sept chapitres (« politique industrielle et de l’entreprise » -ouvert le 29 mars 2007-, « statistiques » et « contrôle financier - ouverts le 26 juin 2007, « santé et protection des consommateurs » et « réseaux transeuropéens » -ouverts le 19 décembre 2007-, « droit des sociétés » et « droit de la propriété intellectuelle » -ouverts le 17 juin 2008- ). Ces négociations sont menées conformément aux conclusions du Conseil européen de décembre 2007 qui laissent ouvertes les deux issues possibles au processus de négociation.
C ) La Turquie bénéficie d’un ensemble d’instruments destinés à soutenir son rapprochement avec l’UE :
- des rapports annuels de la Commission évaluant ses progrès en matière notamment de réformes politiques, économiques, et d’alignement sur l’acquis communautaire. Le dernier rapport de progrès a été publié par la Commission le 6 novembre 2007
- un partenariat (qui identifie les priorités de réforme à court et moyen terme que doit mettre en œuvre la Turquie pour se rapprocher de l’U.E). Le dernier partenariat a été adopté par l’UE le 18 février 2008.
- une aide financière de l’UE sous deux formes : · prêts de la BEI dans le cadre du mécanisme de préadhésion qui regroupe les pays engagés dans le processus d’adhésion à l’UE et les pays candidats potentiels. Ces financements se monteront à environ 2 milliards d’euros pour la période 2007-2009. La Turquie bénéficie également de la Facilité euro-méditerranéenne d’investissement et de partenariat (FEMIP). (voir le site de la BEI)
· dons versés sur la base du nouvel Instrument d’aide à la préadhésion (IPA) qui constitue depuis le 1er janvier 2007 le cadre unique de l’aide financière aux pays des Balkans occidentaux et à la Turquie. L’assistance est composée de 5 volets : renforcement institutionnel, coopération transfrontalière, développement régional, développement des ressources humaines, développement rural. La Turquie bénéficiera dans ce cadre de 2,256 milliards d’euros d’aide pour la période 2007-2010 (voir le site de la Représentation permanente auprès de l’UE)
- un dialogue politique et économique renforcé avec l’UE
- un dialogue entre les sociétés civiles : cofinancé par IPA, ce dialogue cible en particulier les organisations professionnelles, collectivités locales, universités et organisations de jeunesse. 21,5 millions d’euros ont été consacrés par l’UE à ce dialogue en 2006 (voir le site de la délégation de la Commission en Turquie) La France soutient le rapprochement européen de la Turquie par le biais de sa coopération bilatérale (cf. relation France-Turquie) et par sa participation aux projets financés par l’assistance financière communautaire : assistance technique, jumelages institutionnels entre administrations françaises et turques, implication d’organisations françaises dans les projets relatifs à la société civile.
2. Les relations avec les Etats-Unis
Membre de l’OTAN, partenaire dans les domaines de l’armement et de l’énergie (construction de l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan), la Turquie est un partenaire des Etats-Unis et de la Communauté internationale dans son ensemble, également dans la lutte contre le terrorisme.
Sur le dossier irakien : le gouvernement turc a décidé, en novembre 2003, de ne pas envoyer de troupes. Il a toutefois autorisé depuis lors l’utilisation de la base d’Incirlik pour les rotations de troupes américaines. La Turquie reste très vigilante sur l’évolution du statut de la région autonome du Kurdistan irakien.
Les Etats-Unis ont eu un poids décisif dans l’assistance financière obtenue par Ankara auprès des institutions financières internationales (31 milliards de dollars) pour sortir de la crise économique. Ils lui ont par ailleurs accordé en 2003 un prêt bilatéral de 8,5 milliards de dollars. Les contacts à haut niveau sont fréquents (visite du vice-président américain en Turquie en mars 2008, visite du Premier Minstre et du Président turc aux Etats-Unis en novembre 200 et janvier 2008).
3. Rôle régional
- Grèce
Depuis juin 1999, les rapports gréco-turcs se renforcent et se diversifient. De nombreux accords bilatéraux ont été conclus, dans des domaines très variés (énergie, immigration, tourisme, environnement, réseau de routes aériennes en mer Egée). M. Erdogan a effectué une visite en Grèce en juillet 2004. Le Premier Ministre grec a effectué une visite officielle en Turquie en du 23 au 25 janvier 2008.
- Proche Orient
La Turquie souhaite favoriser la stabilité dans cette région du monde et développer des relations de bon voisinage avec ses différents voisins. Le gouvernement Erdogan travaille à valoriser son rôle de « pont » entre les pays occidentaux et le monde musulman. En effet, la Turquie occupe une position exceptionnelle au Proche et Moyen Orient, dans la mesure où elle entretient de bonnes relations avec tous les pays de la région, que ce soit au niveau des Etats ou celui des sociétés civiles. Ankara bénéficie notamment de la confiance de Damas et de Tel Aviv, ce dont ne peut se prévaloir aucun pays arabe et confère à Ankara un rôle de médiateur. La Turquie jouit du même avantage au Liban, où elle est en bons termes avec toutes les parties, et en Palestine où elle entretient des contacts avec toutes les parties dont le Hamas. Les visites croisées (le président turc Ahmet Sezer en Israël en 2006 ou Shimon Peres lors de sa visite à Ankara en décembre 2007), l’engagement turc lors de la conférence des donateurs pour les Territoires palestiniens à Paris en décembre 2007 ou le projet turc de création d’une zone franche dans les Territoires, la visite du Premier Ministre turc en Syrie le 26 avril dernier et le rôle de la Turquie dans l’accord de Doha illustrent ce rôle de médiation essentiel.
S’agissant en particulier de l’Irak, la Turquie est intéressée par l’évolution de ce pays à plusieurs titres : la question kurde, la protection des droits de la minorité turcomane (évaluée à 800 000 personnes), la reprise des relations économiques (l’Irak était avant les sanctions un partenaire économique majeur pour la Turquie) ainsi que la sécurité de ses ressortissants (la Turquie déplore une centaine de morts, notamment des chauffeurs de camions, en Irak). Ankara s’attache à maintenir le dialogue avec toutes les parties. La Turquie a pris l’initiative, en janvier 2003, d’une première conférence régionale regroupant les pays voisins de l’Irak. La seconde conférence s’est tenue à Istanbul en novembre 2007.
Ankara a fait un effort important pour donner un nouvel élan à ses rapports avec certains pays arabes (notamment l’Egypte et la Jordanie) et développer ses relations économiques. Elle a ainsi signé, début 2004, trois accords avec la Syrie pour encourager les investissements et le tourisme. Avec l’Iran, la Turquie est liée par un accord gazier.
Son rôle de « pont » s’exprime aussi dans la promotion de l’ « Alliance des civilisations » dont M. Erdogan est co-parrain avec M. Zapatero, Président du Gouvernement espagnol. La Turquie est par ailleurs active au sein de l’organisation de la conférence islamique (O.C.I.).
- Caucase
Le Caucase est redevenu pour la Turquie une zone d’intérêt prioritaire. La préoccupation de sécurité domine la diplomatie turque dans la région. La Turquie entretient traditionnellement avec l’Azerbaïdjan des relations politiques de premier ordre, relayées par une communauté de valeurs culturelles et linguistiques. Les intérêts stratégiques et économiques forts renforcent ces liens : la résolution du conflit du Haut-Karabagh, transit de la production pétrolière et gazière, coopération militaire et parrainage de l’Azerbaïdjan vis-à-vis de l’OTAN.
Les relations avec l’Arménie restent en revanche marquées par le très lourd contentieux historique des massacres de 1915. Ankara maintient son blocus à l’égard de l’Arménie cependant qu’elle a assoupli le régime de délivrance des visas pour les Arméniens. La visite du Président Gül à Erevan le 6 septembre 2008 a été accueillie comme un geste permettant de créer un climat favorable à la normalisation des relations entre les deux pays.
La position géographique de la Turquie en facilitant les débouchés de la production pétrolière et gazière des pays producteurs de la région, conforte le rôle stratégique de la Turquie dans la diversification des voies d’approvisionnement en hydrocarbures de l’Europe. l’oléoduc et le gazoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan (BTC) pour acheminer le pétrole de la mer Caspienne et le gaz venant du gisement azéri de Shah Deniz (tracé Bakou-Erzurum). Le BTC a été officiellement inauguré en juillet 2006. Le projet porte sur un volume de 50 Mtonnes par an.
le gazoduc « courant bleu » (« blue stream »), long de 1 270 km, qui traverse la Mer Noire et livre la Turquie en gaz russe. Il a été officiellement inauguré en novembre 2005 par MM. Poutine, Berlusconi et Erdogan, trois ans après sa mise en fonctions.
le projet de gazoduc « Nabucco », qui vise à acheminer le gaz de la région de la Caspienne à l’Autriche à travers la Turquie, la Bulgarie, la Hongrie et constitue un des projets d’intérêt européen identifiés en matière d’interconnexions énergétiques
Depuis le déclenchement de la crise en Géorgie, le 7 août 2008, la Turquie a réaffirmé sa volonté de s’impliquer plus fortement dans la région en proposant une « plateforme de stabilité et de coopération pour le Caucase ».
4 - Les intérêts périphériques
- Russie
Les deux pays entretiennent d’importantes relations commerciales. De nombreuses rencontres bilatérales se sont tenues à haut niveau
- La Mer Noire
Ayant inspiré l’idée d’une organisation de coopération économique de la Mer Noire (11 membres), créée en juin 1992 (CEMN), la Turquie a obtenu l’installation du secrétariat général à Istanbul. La Banque pour le commerce et le développement de la Mer Noire est installée à Salonique. Des groupes de travail sont constitués (notamment communication, tourisme, science et technologie, énergie, transports) et des arrangements entre forces navales ont été conclus pour mener des opérations environnementales au cas par cas (« black sea force »).
- Asie centrale
La Turquie développe ses relations avec les républiques turcophones. Elle a assuré à plusieurs reprises depuis 2002, le commandement de la FIAS en Afghanistan.
Deux organisations permettent de faciliter et d’augmenter les échanges de la Turquie avec les pays de cette zone : l’OCE (Organisation de Coopération Economique) composée de 10 pays musulmans (républiques turcophones ex-soviétiques plus la Turquie, l’Iran, le Pakistan, l’Afghanistan et le Tadjikistan), qui représente une région de 300 M d’habitants, et le Sommet des pays turcophones qui regroupe les républiques turcophones de l’ex-URSS et la Turquie (il permet de développer une coopération à six). A titre bilatéral, la Turquie vise à consolider ses échanges commerciaux.
- Balkans
L’engagement de la Turquie dans cette région est lié à un héritage historique et à la présence de minorités d’origine turque dans les pays balkaniques (Bulgarie, Roumanie, Macédoine, Grèce, Kosovo). La communauté turque kosovare compte aujourd’hui encore environ 30 000 personnes. La Turquie s’est engagée au sein de la KFOR (990 hommes) et de la MINUK. Les Macédoniens Turcs constituent la deuxième minorité de l’ancienne République yougoslave de Macédoine, après les Albanais.
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